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Les enjeux des accords commerciaux préférentiels en Asie  
Forum des Economistes Franco-Japonais
   
  29 juin 2005
   
L’essor des accords commerciaux préférentiels, improprement appelés accord de libre-échange, dont est actuellement témoin l’Asie s’inscrit dans un mouvement plus vaste qui a démarré dans les années 80, pris de l’ampleur au début des années 90 et connu une accélération à partir de 1995. Plus de 300 accords de libre-échange avaient été notifiés à l’OMC à la fin 2004 dont plus de la moitié était en vigueur à cette date. Au-delà de la variété des libellés mais aussi de leur contenu le dénominateur commun de la plupart de ces initiatives est leur caractère bilatéral et préférentiel.
La vague actuelle n’est pas un phénomène nouveau en soi, il y avait déjà eu d’autres vagues dans les années 50 et 60 autour de la construction européenne. Ce n’est pas non plus un phénomène autonome car il est organiquement lié au processus de libéralisation commerciale ; la mise en œuvre de ces accords étant explicitement prévue par la charte de l’OMC.
Enfin, le champ de ces accords dépasse les simples entraves tarifaires et non tarifaires au commerce international – enjeux qui avaient été leur raison d’être à l’origine – pour inclure l’investissement, les droits de propriété intellectuelle… et même des aspects politiques et sécuritaires qui n’ont plus rien à voir avec la libéralisation du commerce !
La cause principale de la vague actuelle doit être recherchée dans les limites et les frustrations du dernier cycle de négociations commerciales multilatérales (1986-1994) qui, jusque là, avaient été le moteur incontesté de la libéralisation des échanges. Ainsi depuis la fin de la seconde guerre mondiale, les droits de douanes moyens sur les produits manufacturés dans les pays industrialisés sont passés de 40% à 3,8%.
L’OMC, qui a succédé au GATT en 1995, comprend près de 150 membres : elle est désormais une instance où les prises de décisions requièrent du temps en raison du maintien de la règle du consensus et des jeux de coalition, et ce d’autant que les domaines de compétence se sont élargis à chaque cycle. Il a ainsi fallu près de dix années d’âpres négociations pour conclure l’Uruguay Round.
Une cause complémentaire a résidé dans l’accentuation du penchant bilatéral de la politique commerciale des Etats-Unis après l’échec de la conférence de Seattle en 1999. Cette orientation s’était dessinée avec la signature d’un accord de libre-échange avec le Canada en 1988, suivi de la signature de l’ALENA en 1994. En 2004, les Etats-Unis avaient signé dix accords de libre-échange et dix autres étaient en préparation.
Les accords commerciaux bilatéraux – entre deux pays ou entre un pays et une entité régionale – sont devenus une alternative pour la libéralisation des échanges où leur caractère flexible et séquentiel est mis en avant. Mais ils sont aussi devenus un vecteur de relations économiques préférentielles, dont la prolifération n’est pas sans poser des problèmes de cohérence avec le principe de non-discrimination sur lequel repose l’ensemble de l’édifice commercial multilatéral.
Enfin, dans le cas asiatique ils constituent une source de fragilisation des constructions régionales existantes à l’image de l’ASEAN qui est devenue un enjeu stratégique de la rivalité entre la Chine, le Japon… et de la Corée du Sud.

Evelyne Dourille-Feer Economiste, CEPII Introduction
Christian Milelli   Chercheur, EconomiX - Université de Paris 10 Nanterre Intervenant