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Rapport d'activité 2010 Rapport d'activité 2008 du CEPII
   
Quelques résultats saillants des travaux du CEPII en 2010 Texte intégral
   
Les recherches du CEPII en 2010 ont de nouveau été marquées par la crise économique et financière mondiale. Le programme Monnaie et finance internationales a été particulièrement mis à contribution. Plusieurs travaux ont directement porté sur les conséquences de la crise. Cette crise s’est traduite à court terme par une chute de la croissance et une augmentation du chômage. Mais les travaux du CEPII ont surtout mis en avant les changements structurels à moyen-long terme, qu’il s’agisse des conséquences sur l’industrie financière (dont le centre de gravité se déplace vers l’est, au détriment de Wall Street et de La City), de l’équilibre des systèmes de retraite (mis à mal par les chocs démographiques, mais également par les pertes en patrimoine) ou de la soutenabilité des déficits publics.
Traditionnellement, le programme MFI s’intéresse de près au système monétaire international. Cette année, il a surtout été question des déséquilibres mondiaux. Les travaux du CEPII suggèrent que la contribution de la Chine à la réduction des déséquilibres dépendra moins de l’évolution de son régime de change que de la levée de ses contrôles de capitaux et des réformes structurelles pouvant réduire le taux d’épargne agrégé du pays. Compte tenu des évolutions économiques, le CEPII s’attend, à moyen-long terme, à une évolution du système monétaire international vers un système multipolaire (dollar, euro, yuan) qui pourrait permettre de limiter les désajustements des taux de change et l’asymétrie des efforts de rééquilibrage, au prix d’une plus grande volatilité des changes à court terme. Les économistes du CEPII font, par ailleurs, ressortir les avantages d’une taxe sur les activités financières et défendent l’utilisation raisonnée des contrôles de capitaux.
Le programme MFI à également abordé le thème de la responsabilité sociale des entreprises. Il ressort notamment de ces travaux que la sanction des marchés financiers en cas d’accident industriel majeur n’est généralement pas suffisante pour contraindre les entreprises à prendre des mesures significatives en faveur de la protection de l’environnement. Enfin, soulignons les travaux du programme MFI sur les investissements directs étrangers Sud-Sud qui font état d’une volonté forte des pays émergents d’accéder aux ressources naturelles, y compris dans des pays où les obstacles institutionnels (corruption, non-respect des droits de propriété, …) limitent généralement les investissements.

Le programme Analyse du commerce international a, de son côté, analysé très attentivement la crise brutale mais de courte durée du commerce mondial. Il ressort que les pays spécialisés dans les exportations haut de gamme sont plus sensibles aux fluctuations de la conjoncture internationale, car les élasticités-revenu des exportations sont plus élevées pour les variétés haut de gamme que pour le bas de gamme. Ce constat, réalisé à l’occasion de la crise, confirme que la compétitivité-prix reste un élément essentiel des performances à l’exportation des entreprises, même dans les secteurs et les pays fortement spécialisés dans les productions haut de gamme : en fléchissant, la demande tend à se reporter sur les variétés les moins onéreuses.
Par ailleurs, les travaux du programme ACI en 2010 apportent des éclairages nouveaux et importants sur l’impact de l’internationalisation des firmes. Ils montrent que les investissements français à l’étranger ne sont pas forcément associés à des destructions d’emplois (au contraire, les entreprises qui investissent à l’étranger bénéficient, dans la majorité des cas, de gains de productivité et créent des emplois). De la même façon, le rachat d’entreprises françaises par des groupes étrangers tendent à renforcer les performances des entreprises ciblées.
Dans le domaine des services, les entreprises font face à des coûts d’entrée sur les marchés étrangers extrêmement contraignants (i) bien plus encore que dans les secteurs manufacturiers, les firmes exportatrices de services ont des performances hors normes ; (ii) Les régulations de marché imposées par les pays étrangers ont un impact très fort sur les capacités des firmes françaises à exporter).
Enfin, le CEPII a commencé cette année à s’intéresser de près aux entreprises de commerce (i.e. les grossistes) dont le rôle pour la promotion des exportations nationales a peu été exploré jusqu’ici. Il est pourtant fondamental : ces firmes acheminent 20 % des exportations françaises ; elles facilitent l’exportation pour les entreprises les plus fragiles et permettent d’exporter davantage vers les marchés les plus difficiles d’accès.

Le programme Croissance, intégration et développement se concentre traditionnellement sur des sujets structurels de long terme. Un jeu de projections de l’économie mondiale à l’horizon 2050 a été réalisé cette année, mettant en évidence une nette accélération du basculement de l’économie mondiale vers le monde émergent et en développement par rapport à un exercice analogue effectué en 2006. Les travaux sur la Chine montrent, de leur côté, que les importations ordinaires, originaires de manière croissante des pays d’Asie et principalement destinées au marché intérieur, ont pris le pas sur les importations pour réexportation, et que ces importations ordinaires transitent de plus en plus par des entreprises à capitaux étrangers. Ceci suggère que les implantations de firmes multinationales en Chine pourraient s’avérer déterminantes pour tirer profit du rééquilibrage en cours de la croissance chinoise en faveur de la demande intérieure.
Dans les économies émergentes, les gains de productivité sont souvent véhiculés par la technologie incluse dans les biens d’équipement importés. C’est un des canaux par lesquels la libéralisation des importations peut permettre le décollage économique. Une étude réalisée cette année à partir de données de firmes indiennes montre en particulier que la levée des contraintes de financement auxquelles les entreprises indiennes sont confrontées accroît leur probabilité d’importer des biens d’équipement ainsi que la quantité de biens d’équipement importés. Côté migrations internationales, on peut relever les résultats d’un travail sur l’assimilation des immigrés dans seize pays européens : l’assimilation peut progresser à un rythme différent selon ses différentes dimensions (civique, économique, culturelle) et les progrès sur certaines dimensions compensent l’absence de progrès sur d’autres.

Enfin, le programme Politiques commerciales a travaillé principalement, d’une part, sur des accords commerciaux ou des expériences d’intégration régionales spécifiques (UE-Corée, UE-Mercosur, bénéfices du Marché unique européen pour le Royaume-Uni) et, d’autre part, sur des développements des outils du CEPII en termes de base de données (investissements directs internationaux, droits de douane, contingents tarifaires) ou de modélisation (nouveau module d’investissement dans MIRAGE, sentier dynamique de MIRAGE). Parallèlement, la dimension microéconomique des expériences de libéralisation commerciale a été examinée, en utilisant des données individuelles de firmes. Ces différents travaux débouchent sur trois résultats principaux. Le premier concerne l’intégration régionale : de façon très nette, les gains macroéconomiques estimés des nouveaux accords d’intégration régionale sont limités. L’Union européenne cherche ici à préserver l’avantage compétitif de ses firmes et est entraînée dans un domino d’accords régionaux en raison de l’atonie des négociations multilatérales. En interne, les gains restant à réaliser dans le Marché unique restent importants, y compris pour le Royaume-Uni qui s’est maintenu à l’écart de la monnaie unique, un résultat auquel font écho les propositions de relance de l’intégration émanant de la Commission européenne. Le second résultat a trait à la dimension microéconomique de la libéralisation commerciale. Quand un marché s’ouvre, l’effet de demande permet – comme on s’y attend – aux firmes exportatrices vers ce marché d’élargir leur portefeuille de produits et d’augmenter leurs ventes. Mais il faut garder à l’esprit que dans la plupart des cas, ce marché s’ouvre aussi aux concurrents d’autres pays exportateurs ; l’effet de concurrence joue alors en sens contraire de l’effet de demande. Le succès de l’approche régionale est dès lors d’offrir un accès préférentiel à un marché, fût-il de taille modeste comme la Corée, afin d’échapper à cet effet de concurrence. Le troisième enseignement est plus méthodologique : les outils de modélisation du commerce international ont été développés au cours de la décennie 2000 dans la direction d’une meilleure prise en compte des politiques commerciales au niveau fin. Il est alors d’usage de dire que le "diable est dans les détails". Le CEPII a beaucoup contribué à cette approche. Mais la décennie en cours va faire surgir d’autres priorités : les questions de croissance à long terme, de progrès technique, d’environnement, de mobilité des firmes et de libéralisation des échanges de services sont désormais en tête des agendas de politique économique : le CEPII s’est résolument tourné vers ces nouveaux sujets en 2010.