Le secteur agricole des grands pays occidentaux a longtemps connu un régime
d'exception : la protection est restée forte alors que les autres secteurs de l'économie
s'ouvraient largement à la concurrence internationale. L'accord agricole de l'Uruguay
Round de 1995 constitue à cet égard un tournant. Il normalise le secteur au sens où il
demande aux États membres de l'Organisation mondiale du commerce de modifier la
nature de leurs interventions et prévoit une libéralisation à l'image de celle qu'a connue
l'industrie. En ce sens, certains ont pu dire que l'agriculture était « rentrée dans le rang ».
Parallèlement à cette pression internationale en faveur de la libéralisation, en Europe, le
modèle de politique agricole commune est remis en question : à rechercher sans cesse
des gains de productivité, les agriculteurs auraient négligé la qualité et l'innocuité de
leurs produits et les conséquences de leur activité sur l'environnement. Un débat est
ainsi ouvert sur les finalités du soutien à l'agriculture et les conséquences possibles
d'une libéralisation. Ce secteur a-t-il une place spécifique dans les économies du Nord ?
Doit-on le protéger, lui accorder un soutien particulier ? En libéralisant les agricultures
des pays riches, peut-on espérer un impact positif sur les pays en développement ?